La roue du Petit Gohard fonctionne

La nouvelle roue de l’ancienne tannerie du Petit-Gohard a été inaugurée dimanche 10 novembre par Vincent Houllière, son propriétaire.

Avant que le frère François Marie, Curé de Sainte-Suzanne, bénisse la roue et les participants, Jean-Pierre Morteveille, maire, a félicité Vincent Houllière, issu de deux vieilles familles suzannaises, pour cette rénovation-création qui enrichit la promenade des moulins d’une 4e roue en fonctionnement (avec celles du Gohard, du Pont-Neuf et du Grand-Moulin récemment installée et qui tournera en 2014).

Le maire a évoqué aussi ce que l’on sait de l’histoire du bâtiment, et ce que l’on peut dire du lieu « le Gohard » (voir textes ci-dessous entre les photos).

Une vidéo sur La roue du Petit Gohard (cliquer)

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 « La tannerie, bâtiment en T, est installée sur une île entre le cours de la rivière d'Erve et le long bief qui débute au moulin de la Roche. Deux déversoirs ont été installés juste en amont de la tannerie, l'un au nord vers la rivière, l'autre, au sud, passe sous une arche du corps de bâtiment. La roue servait au broyage du tan, tandis que les autres opérations de tannerie, lavage, séchage étaient également abritées sous le même bâtiment. La maçonnerie est en moellon de grès, tandis que les encadrements de baie sont en pierre de taille pour le logis et en moellon et en brique pour la tannerie" (cf. inventaire du patrimoine d'Erve et Charnie, 2007, par MM. Davy et Foisneau des services régional et départemental du Patrimoine).

"Le Gohard est, selon le Dictionnaire historique, topographique et biographique de la Mayenne (1900-1910) de l’abbé Angot, « un lieu disparu en Sainte-Suzanne » (il ne l’est plus aujourd’hui !) : moulin à papier et fief, près du village de la Rivière. Le fief dépendait de la segrairie (= bois possédé par indivis) de Charnie. Guillemette Douesse, veuve de Patry de Montgiroul, l’avait chargé d’une rente envers la Confrérie du Saint-Sacrement en 1408.

L’abbé Angot nous dit qu’on fabrique en 1736 au moulin du Gohard « le papier extresse, pardevant et pot-fin ». Il existe alors le Gohard-Inférieur, scierie, tannerie et moulin à tan et le Gohard-Supérieur, dont il dit que c’est alors un moulin « en chômage ».

En 1745, l’industrie de la carte à jouer existe dans 115 villes de France, les ateliers sont réduits d’autorité à 63 en 1751, dont Sainte-Suzanne. Cette industrie fait vivre 220 maîtres cartiers et un millier d’ouvriers et apprentis ou servantes en France.

En 1771, les 7 moulins à papier de Ste-Suzanne fabriquaient annuellement 3 000 rames de papier soit 1 500 000 feuilles, et notamment le pot-fin, le pot moyen et le pot pâte-bulle servant à fabriquer les cartes à jouer.

Plusieurs fois transformé, le moulin à papier du Gohard, alias du Petit-Gohard ou encore de la Rivière, est exploité par le célèbre papetier-cartier François Provost au milieu du XVIIIe siècle (1762) ; Il est affermé en 1774 pour 400 écus par le comte de Sainte-Suzanne (Antoine-César de Choiseul-Praslin, famille héritière de la lignée de Guillaume Fouquet de la Varenne). On  trouvera en fait à la Rivière de nombreux Provost : François René  (1790-1800), Urbain (1793), Pierre, Jean (1724-1756), Julien, Joseph, Fidèle-Anne (1806), François-Pierre ou encore Joseph Provost-Dubois (1776-1810). Les héritiers Provost-Dubois étaient en faillite en mars 1835 (cf. affiche dans les Collections du Musée de l’Auditoire). L’abbé Gérault indique alors : « Il est à craindre que la seule papeterie fonctionnant encore à la Rivière ne se soutienne pas longtemps ».

Les 7 moulins à papier existent toujours avant 1836. Cette activité papetière s’éteindra à Sainte-Suzanne vers 1840, où l’abbé Gérault nous dit qu’il n’en restait plus qu’un, sans doute faute d’avoir su se moderniser et s’adapter aux nouvelles techniques de fabrication du papier à partir du bois.

 Le moulin du Petit-Gohard est toujours considéré sur les matrices cadastrales de 1842.

L’historien de la Mayenne Viel-Desprès signale la conversion du moulin en grange et bûcher en 1871, tandis que Léopold Picher fait entièrement reconstruire le moulin pour en faire une tannerie l'année suivante (1872).

Il fait également agrandir cette année-là la maison qui avait dû être bâtie à la fin du XVIIIe ou au début du XIXe siècle. Edmond Picher ajoute une laverie à la tannerie en 1874. La remise-écurie a été construite quant à elle à la toute fin du XIXe ou au début du XXe siècle.

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 Topologie : Pourquoi « le Gohard » ?

Ce nom  représente la forme ancienne de godard, ancien nom de baptême d'origine germanique issu de god/Gott qui signifie Dieu et hard qui signifie dur, fort.

On trouve en Allemagne, dans la vallée du Rhin tout près du rocher de la Lorelei, une petite ville nommée St.-Goar. On trouve en France l’orthographe Gohard, Gohart, Godard ou Godart.

Mais l’hypothèse d’un nom de lieu dédié à Sainte-Suzanne au saint Gohard apparaît plausible, tout comme la chapelle du château fut dédiée à sainte Suzanne et ultérieurement celle de la Croix-couverte à saint Eutrope.

Gohard, seigneur de Blain, était l’évêque de Nantes au IXe siècle. Ce fut sous son épiscopat qu'eut lieu un fait d'armes important entre Francs et Bretons: la bataille de Blain le 24 mai 843, qui se traduisit par la victoire  des Rennais sur les Nantais. L’évêque connut des ennemis plus terribles venus des pays scandinaves et qui déjà avaient ravagé le nord de la France : les Normands. Ceux-ci se présentèrent devant la ville de Nantes, un mois après la défaite de Blain. Le jour de la fête de saint Jean Baptiste, le 24 juin 843, Gohard célébrait la messe dans la cathédrale Saint-Pierre de Nantes, devant une nombreuse assistance de fidèles, quand les Normands firent irruption dans l'église, tuèrent l'évêque et massacrèrent ses ouailles.

Deux versions sur sa mort :

  • Selon la première, alors qu’il célébrait les saints mystères avec son peuple dans la cathédrale et qu’il chantait “Élevons notre cœur”, il fut transpercé de flèches par les Normands impies et succomba avec un grand nombre de ses fidèles.
  • La deuxième version fait penser à une possible confusion avec le martyre de Saint-Jean-Baptiste, le Saint qu’on fêtait ce jour-là :  la  légende raconte que décapité, l'évêque reprit sa tête, et marcha jusque vers la Loire où un bateau l'emmena en remontant le fleuve jusqu’à Angers, sa ville natale, un bateau sans voiles et sans rames…. Sa dépouille fut inhumée à la collégiale Saint-Pierre de la ville dont il était originaire. La crypte romane de la cathédrale de Nantes lui est dédiée : elle a été réaménagée peu après sa canonisation pour accueillir ses reliques ramenées d'Angers. Une chapelle latérale lui est également dédiée dans la même cathédrale.

Dix ans après, les Normands remontèrent de nouveau la Loire, et cette fois incendièrent la ville. Pendant plus de cent ans, retranchés dans quelques îles du fleuve, ils ne cessèrent de dévaster le pays. Ils étaient un fléau si redoutable que l'Église de Nantes avait ajouté dans les litanies : « de la fureur des Normands, délivrez-nous, Seigneur ». Ce ne fut qu'en 939 qu'Alain Barbe-Torte les chassa définitivement du pays et ramena la paix dans les villes et les campagnes.

Gohard est canonisé en 1096. Or Hubert II de Beaumont, seigneur de Sainte-Suzanne, qui avait résisté à Guillaume le Conquérant (1024-1087), est mort en 1095 ; c'est son fils Raoul VII (né vers 1070) qui devient Vicomte du Maine. Raoul est très pieux ; il rencontre Alleaume, disciple de Robert d’Arbrissel, qui fonde le  prieuré de Saint-Nicolas entre Viviers et Blandouet. Son nom est, comme Gohard,  d'origine germanique (Adalhem), de adal, noble, et de helm, heaume, casque.

La même année, le 10 février 1096, le pape Urbain II (1042-1099) est à Angers pour y consacrer l’église Saint-Nicolas. Cette année est contemporaine de saint Alleaume, mais aussi  de plusieurs croisades, de Pierre l’Ermite (1053-1115) ou encore de Godefroy de Bouillon (1058-1100).

Compte tenu du contexte à la fois religieux et historique de cette fin de XIe siècle (le siège de Sainte-Suzanne n'a eu lieu que 10 ans auparavant), et de l'histoire de la famille de Beaumont, il est plausible de penser que la canonisation de Gohard ait pu être symboliquement relayée à Sainte-Suzanne, via un lieu ou une chapelle dédiés, par les Beaumont, dont les aïeux avaient combattu les normands, et qui avaient donc de bonnes raisons de vénérer saint Gohard.

La fondation principale de Raoul VII de Beaumont , en 1109, fut celle de l'abbaye d'Étival-en-Charnie, en faveur de saint Alleaume pour les religieuses qu'il dirigeait et qu'il voulut confier à d'autres mains avant de mourir. Le vicomte de Beaumont appela sa sœur Godeheult ou Godehilde, fille d'Hubert II de Beaumont et d'Ermengarde de Nevers (et l'arrière arrière petite-fille d'Hugues Capet) qui se trouvait auparavant à l’abbaye du Ronceray à Angers) à la tête du couvent. Elle fut la première abbesse d'Étival. Cette abbaye fonctionna 681 ans, jusqu'en 1790...

Vers 1112, Raoul VII partit lui-même pour Jérusalem, en rapporta plusieurs reliquaires, un entre autres contenant une portion de la Vraie Croix que lui remit, pour l'église de Saint-Julien, un clerc du Mans, alors chanoine du Saint-Sépulcre. L'évêque Hildebert reçut ce présent le mardi de pâques 1116 . Raoul meurt vers 1118. »

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